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Culpabilisation écologique : les petits gestes ne vont pas sauver le monde

Manger moins de viande, prendre son vélo et les transports en commun, réduire ses déchets plastiques… tous ces petits gestes écolos du quotidien sont importants pour l’environnement mais loin d’être suffisants. Les actions individuelles ne font pas le poids si les États, collectivités et entreprises ne s’engagent face à l’urgence climatique et la catastrophe environnementale.

Burn-out écologique et dissonance cognitive

Ces derniers mois, j’ai ressenti une certaine lassitude par rapport à mon engagement écologique : j’en avais marre d’être écolo. C’était trop lourd. J’avais la sensation de porter sur mes frêles épaules le poids de la catastrophe environnementale. Penser à l’avenir – le mien, celui de la planète, des animaux et de l’Humanité – m’angoissait profondément. Une vidéo sur l’effondrement suffisait à me faire broyer du noir le reste de la journée. Comme nos voisins suédois, j’ai eu honte de prendre l’avion. En psychologie, on appelle cela l’éco-anxiété. Je ferai prochainement un article à ce sujet : comment prévenir ou soulager un « burn-out écologique », accepter la réalité sans culpabiliser, se résigner et déprimer.

C’est très difficile dans notre mode de vie actuel d’adopter un quotidien 100% écolo, et lorsqu’on essaye à tout prix d’y parvenir, on vit en pleine dissonance cognitive ; une désagréable sensation de paradoxe entre ce qu’on pense et ce qu’on fait.

Les petits gestes écolos ne vont pas sauver la planète

Nous savons tous (sauf quelques irréductibles climatosceptiques) que nous courrons à la catastrophe. Impossible d’échapper à cette réalité : pas un jour ne passe sans que nous entendions parler du dérèglement climatique, de l’effondrement de la biodiversité, de l’épuisement des ressources naturelles, de la pollution plastique des océans… Il existe pourtant un décalage flagrant et ahurissant entre les discours alarmistes (à juste titre) et les actions des politiques et industriels.

Pas étonnant puisqu’on préfère pointer du doigt le manque d’implication des individus plutôt que les véritables causes de la destruction de la planète.

Preuve à conviction n°1 : l’association Gestes Propres s’emploie à sensibiliser le grand public sur les déchets sauvages à renfort de campagnes publicitaires culpabilisantes. Mais devinez un peu qui se cache derrière Gestes Propres ? Coca-Cola, Haribo, Danone, Nestlé et bien d’autres souhaitent « inciter au bon comportement à adopter avec les déchets ». Ben oui, c’est moins radical et couteux de soutenir une association anti-déchets que de revoir ses méthodes de production.

Campagne d’affichage de l’association Gestes Propres pour sensibiliser le grand public sur les déchets sauvages.
Campagne d’affichage de l’association Gestes Propres pour sensibiliser le grand public sur les déchets sauvages.

Évidemment qu’il faut faire attention à ses déchets, et de manière générale, adopter un mode de vie le plus responsable et écologique en fonction de ses moyens. Mais dans la balance climatique qui pèse le plus lourd : Coca-Cola ou vous ? On tente pourtant de nous convaincre que nous sommes tous responsables de l’urgence climatique et que nous pourrions sauver la planète si nous étions un peu plus écolos et un peu moins égoïstes.

Et ça, ça me dérange : cette médiatisation moralisatrice des efforts individuels à fournir détourne l’attention et déresponsabilise les grands pollueurs.

A force de pointer du doigt les efforts individuels de chacun, on invisibilise les véritables causes de l’urgence écologique et les solutions collectives efficaces.

Si l’ensemble des Français adoptait un mode de vie responsable de l’environnement, on baisserait de 80% nos émissions d’équivalent CO2 soit 583 millions de tonnes. Oui, c’est conséquent, mais ce n’est rien comparé aux 6 milliards de tonnes d’équivalent CO2 émises par le groupe Total.

Plus récemment, une étude de l’institut de Responsabilité Climatique américain révélée par le Guardian liste les 20 entreprises de l’industrie pétrolière responsables d’un tiers des émissions de CO2 depuis 1965.

Un écran de fumée (toxique)

Le mouvement zéro déchet est une parfaite illustration du malaise écologique. La responsabilité incombe aux citoyens qui consomment trop de plastique et ne savent pas trier les déchets, plutôt qu’aux grandes multinationales qui les produisent. Les articles sur le zéro déchet dans les grands médias français poussent comme des champignons.

Tiens, d’ailleurs, saviez-vous qu’une grande majorité de la presse française appartient en réalité à dix milliardaires ? On peut se demander pourquoi ces riches hommes d’affaires expérimentés investissent dans un secteur déficitaire… si ce n’est pour pouvoir mieux influencer l’opinion publique. Tous les médias français ne sont pas à mettre à la poubelle, je vous invite simplement à être conscient·e des véritables auteurs des informations que vous consommez et des enjeux dissimulés.

Tout le monde n’a pas les moyens d’adopter un mode de vie responsable. On culpabilise les pauvres qui ne peuvent pas acheter bio ou se passer de la voiture pour aller au travail, mais on épargne les industriels qui font toujours plus de bénéfices sur le dos de la planète et l’Assemblée Nationale qui vote une loi tard dans la nuit pour interdire les plastiques à usage unique en 2040. Quand il faut 20 ans à la France pour se débarrasser des emballages plastiques, il ne faut que 4 ans au Costa Rica et 2 ans au Canada pour achever le même objectif. Et puis, fixer une échéance c’est bien sympa mais encore faudrait-il qu’elle soit respectée.

Pas étonnant que Nicolas Hulot se soit barré. Tu parles d’un signal fort. J’y vois surtout un exemple parfait de Greenwashing ou comment se donner l’image d’un gouvernement engagé dans la transition écologique sans mesures concrètes pour l’atteindre.

Exactement comme les industriels d’ailleurs qui surfent depuis plusieurs années sur la vague de la consommation responsable sous couvert de jolis discours édulcorés. Mais où sont les actions concrètes et les résultats ? Ils nous font miroiter de belles actions pour la planète, mais c’est du vent. Comprenez que c’est bien plus lucratif de bousiller la planète que de la soigner, et bien plus simple de blâmer les consommateurs que de changer.

Oui à la responsabilisation, mais non à la culpabilisation.

Chaque geste compte, mais ce n’est pas (que) de notre faute si le monde part en sucette. Je crois aussi qu’il ne faut pas confondre responsabilisation et culpabilisation. Blâmer les individus pour le désastre environnemental par des injonctions écologiques me fait grincer les dents, particulièrement quand on oublie d’intégrer les véritables responsables dans l’équation. Mais, il faut aussi prendre conscience que nos actions ont des conséquences.

Agir à sa petite échelle permet de se responsabiliser et de s’emparer de l’enjeu le plus crucial de notre siècle : l’urgence écologique. Ces actions individuelles relativement simples à adopter pour certaines sont souvent la première étape vers une prise de conscience plus globale :

“Quelles sont mes responsabilités et mes limites à ma petite échelle ?” “Quelles sont les véritables causes de l’urgence écologique ?” “Comment notre système économique et de distribution des richesses doit être redéfini ?”

Les efforts de chacun·e n’auront jamais un impact suffisant pour améliorer la situation écologique sans une action collective et transformatrice à grande échelle, et un soutien politique.

C’est infiniment plus simple de juger l’engagement écologique des autres que de faire face à sa propre impuissance face aux véritables responsables. Pourtant c’est en arrêtant de montrer du doigt les faux-pas écolos de son voisin et en se serrant les coudes face à ces Goliath que nous pourrons faire changer les choses.

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